Kars Exposition 2006

« Car c’est de l’homme qu’il s’agit, dans sa présence humaine, et d’un  agrandissement de l’œil aux plus hautes mers intérieures »   Saint-John Perse       Vents

Plus que de paysages devant lesquels on est en contemplation, je parlerais de nature dont l’homme fait intégralement partie. Celle que je convoite est une nature où les forces en présence  écrivent plus vite, plus clairement qu’ailleurs.

Dès lors elle devient un sémaphore, un formidable réservoir de signes qui seront le ferment de mon langage pictural.

C’est une telle nature que j’ai  trouvée dans cet  Est de biblique démesure dont Kars où je résidais est l’un des centres.

Depuis le disque  de ses immenses pâturages si verts au printemps, rayonnent des gorges profondes toutes empreintes des  torsions telluriques . Quand on y parvient c’est le chaos des origines : éboulis colossaux, prismes acérés, dépôts marins, rondeurs lunaires, tout un tracé nerveux qui se transforme aussi dans la lumière ; et  subitement, le long d’un cours d’eau, se faufile du  vert à nouveau.

Ma première rencontre avec la Turquie s’est toutefois faite par l’ouest, Istanbul, faut-il le dire. Dans ses profondeurs, les tensions les plus menaçantes sont à l’œuvre. A la surface des eaux, une buée presqu’immobile dans laquelle l’intense trafic des cargos fraye sa route vers le Bosphore. Parfois sombres roches errantes ou jouets aux couleurs saturées selon la densité de l’air et la rotation du soleil, ils ont immédiatement cherché leur voie dans mon travail ; et cette ambivalence en est devenu l’un des axes.

Encore une histoire de masse, de matière, de mouvement

Laurence Forbin Paris, juin 2006, exposition Kars