Elena Sorokina

Communiqué

Elena Sorokina

Dans les arts visuels aujourd’hui, la théâtralité est devenue une valeur phare et l’une des stratégies les plus stimulantes. L’obsession des arts contemporains pour la mise en scène, le jeu de l’acteur et un usage courant des conventions théâtrales ne cesse d’infiltrer les discours de la peinture, de la sculpture, de la photographie, de la vidéo.

Chez Laurence Forbin, c’est la une relation complexe entre son travail pour le théâtre et son parcours de peintre qui alimente ses ressorts créatifs et ses visions. Bien qu’elle tienne ces deux mondes séparés, ce qu’elle crée au théâtre manifeste une exubérance des couleurs et des formes, et sa peinture possède une certaine théâtralité tout en restant de nature intensément personnelle. Son langage visuel emprunte à l’écriture chinoise, à la peinture contemporaine ainsi qu’aux maîtres du passé et elle a forgé un style singulier en développant une fusion unique des couleurs, des formes, des rythmes, des textures, dans une déclinaison contemporaine de l’expressionnisme. Elle utilise aussi les moyens figuratifs propres à la peinture et parfois, par la manipulation de plusieurs éléments fait naître de subtiles narrations.

La série Matières Premières (1990-2013) transmet à la fois la charge émotionnelle et la réalité physique de l’étreinte, mais plus encore sa dualité. Dans ces peintures la vitalité organique des corps heurte un fond blanc -un vide- qui apparaît comme un espace très ambigu : un lit, mais aussi une scène éclairée par un puissant projecteur, et dans cette lumière troublante le nœud de chair convulsée cherche ses appuis. Captant ainsi la fluidité des corps l’artiste met en place sa vision entre le geste contrôlé du calligraphe et l’intensité sensuelle des expressionnistes.

Pour la série  Destructions (2010-2013), le point de départ de l’artiste fut la tempête de 2010 qui traversa la France, mettant à terre un grand chêne qu’elle avait toujours connu à la croisée d’un chemin de campagne. Forbin poursuit avec ce matériau visuel une réflexion sur le mouvement en peinture qui passe par des compositions intenses aux vigoureux coups de pinceaux, et des accents de tons et de couleurs. L’organisation gestuelle de diverses fréquences et directions rythmiques fait simultanément référence à un espace empirique et à un paysage imaginaire ; la série peut se lire comme un espace mental qui prend forme dans la mémoire d’émotions , d’événements, et qui traduit à la fois une fascination et une terreur pour les énergies destructrices du monde.

La couleur est essentielle dans la peinture de Laurence Forbin et dans la série Cargos (2004-2013) , elle réalise des accords intenses grâce à des mélanges dynamiques de la couleur sur un support métallique. Dans Cargos ,le mouvement prend un sens très différent de celui de Destructions. L’espace pictural en est la aussi le lieu mais les cargos y révèlent leur propre ambiguïté : conçus pour le transport sur mer ils apparaissent comme d’énormes constructions incapables d’aucun mouvement ou déplacement. Forbin résout cette contradiction métaphorique à travers une image théâtrale. Dans sa série, les cargos deviennent des sortes de scènes mouvantes à travers leurs architectures, leur mécanique, leurs lumières et les rituels qui structurent la vie des marins sur ces gigantesques plateformes flottantes.

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Mai 2013