Alain Bourdon

L’une part d’une d’ une réalité brute, immédiate, quotidienne. Elle s’en empare, la travestit puis la sort de son contexte pour en faire un objet de décoration, d’usage quotidien ( couvertures de chaises ou de sofa), pour l’offrir au regard de l’autre, à son inquiétude, à son indifférence ou à son incompréhension.

L’autre plonge au plus profond d’elle-même, exhume des batailles intimes, met au jour des guerriers extraits dans leur violence originelle en même temps qu’immédiatement ciselés. Violence domptée pour être donnée à voir mais prête à tout moment à resurgir, à reverser le chaos.

Quand l’une se réapproprie le collectif et le transforme, dans l’espoir de lui redonner sens, l’autre se déprend du plus intime d’elle-même pour lui conférer forme et,là encore, sens.

Trajectoires inversées mais qui finissent par se retrouver dans une même prise derisque : ici comme là, en effet, l’entreprise est périlleuse, fragile , aléatoire.

Dès lors ce qui rapproche Handan Böruteçene et Laurence Forbin et qui du même coup, légitime cette exoposition commune, c’est peut-être moins leur traitement du thème de la guerre que la manière dont l’une et l’autre mettent le sens en péril, se mettent elles-mêmes en péril.

Ce n’est peut-être qu’à ce prix qu’un artiste peut se croire fondé à parler de la guerre ; ce n’est peut-être que dans dans la violence qu’il impose aux apparences et à lui-même qu’il peut, le plus sûrement, le plus profondément, tenter de dire l’innommable.

Alain Bourdon     2004

Directeur

Institut Français d’Istanbul